samedi 25 février 2017

Sans bruit #1



A pas de loup
à pas de grain
à pas de feuille
et de silence

à pas de mousse
à pas de rien
à pas perdus
à pas de danse

sous la surface
où vos pas vont

obstinément
déterminée

infiniment
résolue

nourrie de sels
et de limon
gorgée de brun
et de brouillard

profusément

mais en secret

je pousse




ECOUTE !

la terre est lourde
de la patience
des graines


[Sans bruit a été écrit - et peint - pour l'exposition "Ecouter le silence", dans le cadre des semaines culturelles qui se tiennent à l'église Saint-Michel de Dijon, dans la première quinzaine de mars 2017. Concert, conférence, rencontres. Exposition mise en scène à l'église, en compagnie de Bruno Rotival (photographe) et Viola Montenot (sculptrice) les 10 et 11 mars]

 

mercredi 15 février 2017

Fenêtre


« La poésie peut raconter des histoires. La poésie peut être un film d’horreur, une blague, un cri sauvage, une nuit blanche d’adolescent, une question, un naufrage, un dialogue. La poésie a tous les droits tant qu’elle sait s’adresser à l’autre en restant sincère. Je voudrais qu’elle soit l’air frais que fait tourner la bête en dansant sur elle-même. Je voudrais qu’elle soit une fenêtre qui s’ouvre, pour s’échapper et se retrouver. Le sourire du monstre qui répond à notre silence. » 

Thomas Vinau

lundi 6 février 2017

Les alliés inattendus



L’hiver secoue mes vitres
janvier claque mes portes
mais la soie du rideau
contre la nuit
frissonne.

Dans la cheminée froide
la bise fait colère
le jour grince des dents
la pluie tache les murs
entre la nuit et moi
la lampe fait la ronde.

Les sauveurs familiers

les alliés invisibles

les combattants discrets

les gagneurs de printemps :

grâce leur soit rendue.


Dans le ciel noir de suie
un corbeau s’échevèle
l’aube grogne
l’aube pleure
dans le rond de la lampe
la jacinthe
a fleuri.


samedi 4 février 2017

L'Heure / Victor Hugo


"Il y aura une heure de pleine fraternité, comme il y a une heure de plein midi. Ne perds pas courage, ô pitié ! Quant à moi, je ne me lasserai pas, et ce que j’ai écrit dans tous mes livres, ce que j’ai attesté par tous mes actes, ce que j’ai dit à tous les auditoires, à la tribune des pairs comme dans le cimetière des proscrits, à l’assemblée nationale de France comme à la fenêtre lapidée de la place des Barricades de Bruxelles, je l’attesterai, je l’écrirai, et je le dirai sans cesse : il faut s’aimer, s’aimer, s’aimer ! Les heureux doivent avoir pour malheur les malheureux. L’égoïsme social est un commencement de sépulcre. Voulons-nous vivre, mêlons nos cœurs, et soyons l’immense genre humain. Marchons en avant, remorquons en arrière. La prospérité matérielle n’est pas la félicité morale, l’étourdissement n’est pas la guérison, l’oubli n’est pas le paiement. Aidons, protégeons, secourons, avouons la faute publique et réparons-la. Tout ce qui souffre accuse, tout ce qui pleure dans l’individu saigne dans la société, personne n’est tout seul, toutes les fibres vivantes tressaillent ensemble et se confondent, les petits doivent être sacrés aux grands, et c’est du droit de tous les faibles que se compose le devoir de tous les forts."

(Le Droit et la Loi, 1875)

samedi 28 janvier 2017

Se taire / Dominique Sampiero


« Il me faut peut-être commencer en racontant comment, depuis toujours, le silence ferme ma bouche sur tous ses secrets. Dans un mouvement de réclusion, de marée basse, une impuissance à dire vraiment ce que je suis, en me condamnant à la métaphore, à la phrase sombre, infinie, dire comment le silence ferme ma bouche sur cette haine, sur cette haleine de brume et de rivière. Comment finalement je renonce à nommer ceux qui m’emportent, je reste amarré au cœur de la violence et de la brièveté d’être au monde comme une barque gorgée de pluie. »